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Les premieres images, (et bien souvent
les seules) pour le visiteur a Jakarta commencent a l’aeroport Soekarno-Hatta ou une foule considerable de porteurs, chauffeurs de taxis et familles se pressent a la sortie, annoncant déjà les
desagrements bien connus de la ville, la surpopulation, le traffic, la pollution, mais on y decouvre déjà cette odeur particuliere qui embaume la ville, l’odeur des kreteks, les cigarettes au
clou de girofle que l’indonesien fume continuellement et ce parfois dès l’age de 10-12 ans.
Que fait on alors quand on decide de s’y attarder et de decouvrir ce que la ville possede en son sein ? Que faire d’autre que comme les riches locaux se presser dans des shopping mall luxueux, indigestes et tous batis selon le meme format: supermarche au sous sol, ou on trouve tous les produits occidentaux et où une armée de 50 vendeurs occupent les rayons prets a servir les 3 clients qui parcourent ses allees. Libraire internationale, magasins souvenirs et la boutique Batik Keris (le batik est une etoffe traditionnelle dont on fait generalement des chemises et le Keris est un poignard javanais traditionnel a lame generalement ondulee qu’on porte dans le dos). Et bien sur le tout agrementé de boutiques Vuitton, Hermes ou Gucci, cinemas et salles de jeux videos.
Alors on tente les bazars plus traditionnels, Pasar Mayestik, grand marche au tissu tenu par des marchands indiens ou Pasar baru (Passar baroe) – Jalan Antaran – rue theoriquement pietonne ou on vend des tee shirts contrefaits (1 euro le t-shirt) et ou les motos fendent la foule sous les yeux des policiers.
On se promene dans les rues du quartier chinois de Glodok , avec ses quelques temples et ses magasins chinois, ses quelques petites rues sympathiques mais bordees de canaux deguelasses dans lesquels se promènent des rats aux tailles effrayantes, quand on ne les trouve pas crevés sur le trottoir.
Et puis comme il y a toujours quelque chose a celebrer, une fete religieuse (meme les principales fetes chretiennes sont feriees), le nouvel an musulman, le nouvel an chinois, on s’amuse des milliers de messages qui les accompagnent generalement inscrits sur des drapeaux a l’effigie d’un des 50 partis politiques qui s’affrontera lors des prochaines elections. Alors on sort les petards, les trombones et klaxons en plastique, on cuit du riz jaune (reservé pour les fetes ou pour toute occasion spéciale comme les premières menstruations de la petite dernière du voisin de kampung). Et on se dit que tout ne va pas si mal, d’ailleurs le pays se considère désormais comme un pays développé, le president SBY dans son discours pour la nouvelle année insiste d’ailleurs sur le fait de ne pas baisser les bras pour 2009, de se tenir les coudes et que la crise ne nous touchera pas trop, inch’allah. Et puis d’ailleurs pour ca il faudrait déjà avoir un boulot, ce qui n’est pas le souci de tout le monde, ni meme celui de payer des impots puisque seulement 2% de la population s’acquitte de cette tache, le reste de la population se demandant bien a quoi cela peut servir.
De toute facon, c'est peut etre mieux que cet argent reste dans leurs mains plutot que de finir dans les poches d'un des nombreux hommes politiques ou administrations corrompus. Korrupsi est un mot dont la traduction n'échappera à personne, d'ailleurs le javanais s'amuse facilement de savoir que meme la bas en Europe le phénomène est courant. Ce n’est en tous cas pas comme ça que le gouvernement trouvera des solutions aux nouvelles inondations qui menacent Java pour fevrier. Hier déjà 500 personnes ont perdues leurs maisons dans l’est de l’ile. 3 lignes dans les journaux mentionnent ce qui ferait la une de nos quotidiens pendant 3 jours.
C’est dans cette atmosphere mi-figue mi-raisin de joie et de crainte que s’est tenu a Jakarta le nouvel an 2009, au son du chant du muezzin, des klaxons, des petards et des feux d’artifices, le tout dans une totale bonhomie et ferveur, et bien sur au mepris de toute regle elementaire de securite.
Et comme bien souvent après quelques semaines dans la cite infernale, l’envie de quitter les immondices, l’eau noire et huileuse des canaux du nord de la ville, de faire cesser ce bourdonnement incessant dans ce qui fut un jour sans doute le paradis terrestre, l’ile de Java, ou l’homme plus qu’ailleurs a laissé une empreinte indélébile, noire et dégoutante, apotre aveugle de son prétendu modernisme. On reve a s’échapper, en prendre un joli bout et s’en detacher comme l’ont fait il y a des millénaires déjà les 1000 iles de Anyeh au Nord de Jakarta, comme autant de fragments de Jakarta ne supportant plus son vacarme et gisant au milieu de l’ocean comme des petits atolls de calme au milieu du traffic des paquebots et des Boeing.
Alors enfin l’heure du depart a sonné, mais pourtant sur la route de l’aéroport, on se jure de revenir bientot, on mange un dernier mie goreng et on se dit qu’il reste tellement a voir ici, on fume sa derniere kretek, terimah kasih et au revoir, c’est déjà fini.
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