Vendredi 24 octobre 2008
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Dans une guesthouse de Phnom Penh, le gérant, un paisible grand-pere cambodgien qui passe le plus clair de son
temps a jouer au solitaire sur son PC ou siffler en reponse a ses menacles et perroquets, s’adresse en francais a son petit-fils : « Tiens-toi droit quand tu manges ! Tu ressembles a un chinois ! Tu veux ressembler a un chinois c’est ca ? Comporte toi comme un bon
khmer ! ».
Surpris par ces propos peu
avenants, le gérant me raconte qu’il y a de plus en plus de chinois cambodgiens et que l’ethnie khmer disparaît. Il est vrai qu’on voit de nombreuses echoppes avec des caracteres chinois, et meme
le chauffeur de taxi depuis l’aeroport nous parle en mandarin. La compagnie qui l’emploit est dirigée par un chinois. Les statistiques estiment qu’officiellement il y a entre 300 000 et 350 000
xinyimin sino-cambodgiens (sur un total de 15 millions), bien plus encore d’apres les locaux.
Les Siamois agissent par calcul et intérêt, les
Vietnamiens par ruse et tromperie, les Khmers vertueux n'ont jamais oublié l'honnêteté, les Chinois sauvages parlent bruyamment.
C’est un proverbe cambodgien
qui resume les principales composantes ethniques du Cambodge. Tchéou TA KOUAN (Zhou Daguan), l’emissaire chinois aupres des khmers, dès le 13 ème siècle préconisait l'expansion économique de la
Chine vers le riche Cambodge. Il nous dit aussi qu'il trouva beaucoup de compatriotes car "le riz est facile à gagner, les femmes faciles à trouver, le commerce facile à
diriger".
Mais au-delà du sentiment de malaise que suscite chez certains la présence chinoise au Cambodge aujourd’hui
dominé par le Parti du peuple cambodgien (PPC), se pose la question de l’influence chinoise hors de ses frontieres. La strategie expansionniste et de la sinisation lente et inexorable de toute
l'asie du sud-est, l’idée de la « Grande Chine.
Derriere le concept de « Grande
Chine », apparu au début des années 1990, se cache l’intégration entre la Chine continentale et ses marchés insulaires, Taiwan, Hong Kong et Macao, et plus largement les communautés chinoises
d’outre-mer, la diaspora chinoise. Le renouveau de l’usage de la langue chinoise au Cambodge participe également de la reconstitution virtuelle de la Grande Chine. Cet engouement résulte de la
montée en puissance de la Chine et des performances attribuées au capitalisme confucéen. Il est bien sûr activement soutenu par Pékin : Non seulement les écoles chinoises à l’étranger sont
fortement subventionnées, mais il existe des quotas d’étudiants chinois d’outre-mer dans les universités chinoises.
Bien sur, la presence chinoise au Cambodge se materialise aussi par de tres importantes subventions et investissements economiques (infrastructures routieres notamment) et
contribue au developpement du pays. Je vous renvoie a cette etude du CERI (Centre d’Etudes et de Recherche Internationale) pour plus de details sur le sujet. Strategie equivalente a celle qu’elle effectue desormais en Afrique, avec un apetit aigu
pour les ressources naturelles en jeu, rappellant une certaine politique occidentale en Irak notamment…
La sinisation du Cambodge et de l’Asie du Sud est donc une
composante de l’idée de la Grande Chine, developée à partir des succès des communautés chinoises d’outre-mer. Pour autant les success stories doivent être relativisées par des loser stories plus
nombreuses encore. Nombre de nouveaux immigrés chinois au Cambodge attestent de ce second cas de figure.
Note : Il n’est absolument
pas question dans cet article de proferer des propos anti-chinois, le ton est volontairement neutre et comme precise plus haut, l’aide economique de la Chine en Asie du Sud-est est un facteur
important au developpement de pays souvent tres pauvres. L’analyse est basée sur des faits et des chiffres et je renvois le lecteur a une saine recherche Google en cas de doutes sur certains
points. Il ne s’agit pas non plus d’agiter le drapeau de la « peur jaune » et de la montée de la puissance chinoise mais seulement d’informer le lecteur sur le developpement avéré d’un
processus lent et ancre depuis des decennies en Asie.
Quand la Chine s’eveillera,
le monde tremblera. (Napoleon)